Un autre regard sur la gestion privée

ANALYSE MACRO ECONOMIQUE – RENTRÉE 2019

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ANALYSE MACRO ECONOMIQUE – RENTRÉE 2019

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Argent pas cher, à quoi ça sert ?

Avec autant de rendements réels ou nominaux négatifs, l’argent est gratuit et les banquiers centraux montrent leurs dispositions à poursuivre, voire amplifier si besoin est, cette manne pécuniaire. Les risques politiques accouchant de risques économiques, le rôle des banques centrales est donc bien d’accompagner la croissance ou au moins de la maintenir face à un monde toujours au bord du risque déflationniste. Elles sont dans le strict respect de leurs missions mais tout ne peut être résolu par leur simple action. Elles accompagnent, anticipent mais ne peuvent construire elles seules l’avenir.

Aujourd’hui, il n’y a nul problème de liquidité hormis quelques états moribonds, nul manque de trésorerie dans les entreprises dont les montants explosent à la hausse (pour une partie d’entre elles au moins), nul problème de gain de pouvoir d’achat probant.

Alors pourquoi anticiper de nouvelles opérations de liquidité au sein des pays industrialisés si les politiques ne s’en servent pas pour préparer la croissance future ? Ainsi, dans une vieille Europe bien fatiguée, qui ne peut rivaliser aujourd’hui avec la montée en puissance de l’industrie émergente, ou challenger les incontournables champions américains du digital, cet argent ne peut être utile que pour créer les « Airbus » du futur. Des entreprises incontournables qui nous permettent de sauvegarder notre rang déjà déchu. Pas de dépenses budgétaires de relance à court terme mais la volonté farouche de faire des champions de demain dans le digital, l’intelligence artificielle ou la défense et bien sûr dans la mobilité future ou l’énergie de substitution ;

Dans ces secteurs, l’argent pas cher serait employé à bon escient pour redonner un peu de lustre à notre vieux continent, amas d’égocentrismes. De plus, avec un peu de chance, le 31 octobre, nous serons débarrassés d’un partenaire qui se plaisait à bloquer toute grande avancée européenne.

Nombreux sont ceux qui prévoient que les taux longs seront durablement installés sous leur niveau normal de rémunération, évoquant même une japonisation de l’Europe. Pourtant en matière économique, le mythe de l’infiniment vrai ne tient jamais longtemps. Espérons donc que cette manne salutaire qui réduit considérablement le poids de nos dettes ne se retourne pas sous l’influence d’un événement extérieur qui nous ferait amèrement regretter l’endettement continu, via une forte remontée des taux longs.

De si faibles rémunérations ont continué d’attirer des flux entrants sur l’obligataire au détriment des actions. Cela durera-t-il longtemps ?

Combien de temps les épargnants accepteront des placements à si faible rentabilité y compris dans les contrats en euros ? Pour le moment, ils compensent en épargnant plus au détriment de la consommation, réaction somme toute logique, mais paradoxale !

Alors oui, les rendements de nombre d’actions sont largement supérieurs à la rémunération d’une OAT (Obligation 10 ans Française) ou d’un BUND (Obligation 10 ans Allemande), mais la frilosité des investisseurs à se ruer sur les marchés actions ne vient probablement pas que de l’incertitude économique ou géopolitique.

Les as de la finance par leur ingéniosité permanente à créer soit des produits complexes, soit des fonds qui n’ont pas pour unique but d’investir activement dans le temps ont fait déserter l’épargne de base, laissant le marché entre les mains de gens qui s’octroient le titre d’initiés et qui s’enferment dans un club de plus en plus privé au risque de ne plus avoir de membres présents… À TERME !

Il en est probablement des marchés comme dans la société, laxisme suivi de rigorisme et vice versa. Éternelle roue qui tourne. Les marchés actions reviendront aux fondamentaux. La patience paye toujours.

 

Contexte actuel (octobre 2019) : Un petit tweet …   

Certes l’été ne fut pas si calme, car après un mois de hausse en juillet, un nième tweet de D.Trump, au tout début août, a entraîné une forte baisse de tous les marchés actions, avec une ampleur sur une semaine équivalente à celle vécue pendant tout le mois de mai.

Cela n’a pas empêché les marchés de taux de continuer leur baisse, au 30 août, pour atteindre des niveaux négatifs jamais vu pour les 10 ans allemand et français (respectivement à -0,70% et-0,41%) tandis que le 10 ans US à 1,499% est passé en dessous du niveau du 2 ans à 1,51%. Cette différence a entraîné un léger stress sur les marchés, car elle est considérée comme un fort signal annonciateur de prochaine récession.

Fort heureusement, la rentrée apporta son lot de bonnes nouvelles, un hypothétique plan de relance en Allemagne, des tourmentes politiques contre Boris Johnson, une situation Italienne qui trouve une sortie pro-européenne. Cela a permis aux marchés actions de bien remonter et de retrouver pour les marchés européens leur hauts niveaux de 2019, et pour les marchés américains une partie de ce qu’ils avaient perdu début août. Les taux en ont profité pour remonter également, mais restent toujours, en dehors des taux US, pour la plupart dans des territoires négatifs.

En fait, pour le moment, la croissance mondiale est restée stable au 2nd trimestre, même si les anticipations sont revues à la baisse, principalement aux US et en Allemagne.

Le front de l’emploi reste bien ancré, et conserve ses tendances haussières aussi bien en Europe qu’aux US.

Les fondamentaux sont encore bien orientés, mais des chiffres récents ont montré que les impacts des tarifs douaniers jouaient sur le moral des entrepreneurs aux US tel que l’indice ISM manufacturier du mois d’août qui a chuté à 49,1, s’établissant en dessous de 50 pour la première fois depuis août 2016. Néanmoins, l’indice ISM non manufacturier s’est établi à 56,4, certes en dessous des attentes, mais montrant néanmoins une bonne vigueur de l’activité des services. Ce même type de statistiques s’applique en Europe, avec également des services non manufacturiers en pleine forme, ce qui est plutôt bon pour notre vieux continent dont l’activité est principalement basée sur les services.

 

Que penser du contexte actuel ? A paradoxe, paradoxe et demi !

Nous devons avouer que nous avons du mal à nous faire une opinion sur l’attitude que les investisseurs doivent prendre face à la situation actuelle que nous trouvons controversée.

En effet, d’un côté nous avons une économie mondiale qui se porte bien, avec des fondamentaux encore bon, d’un autre côté, il y a la guerre commerciale USA/Chine qui nous semble interminable (et risque de le devenir, avec des périodes de hauts et de bas, d’espoirs et de faux espoirs) ainsi que d’autres problèmes géopolitiques, et à tout cela il faut ajouter que les marchés sont sous-pondérés en actions, et que les taux coûtent de plus en plus aux investisseurs (ou ne rapportent rien si l’on préfère).

Il y a donc autant à manger pour les bulls (les haussiers) que pour les bears (les baissiers). Il y a autant de raison de penser que les marchés vont continuer leur hausse, qu’ils pourraient reconsolider à nouveau.

Pour notre part, notre scénario privilégié est qu’il est encore trop tôt pour anticiper une forte baisse, à cause des bons fondamentaux économiques, et de l’excédent de cash qui est présent dans des marchés qui sont de surcroît sous pondérés en actions. De plus, les taux négatifs, sur des durations de plus en plus longues ne devraient pas inciter toute personne censée à prêter à 30 ans à te tels niveaux !!!

Donc de ce point de vue, les investisseurs risquent, si les marchés continuent de végéter sur les niveaux actuels, voire de grimper légèrement, d’avoir à être forcé d’acheter des actions, seuls instruments financiers susceptible de procurer des profits ou coupon (si on peut dire) !

Surtout, dans ces marchés erratiques, il faut rester et être investi en ayant au préalable bien construit sa durée d’investissement, c’est primordial.

 A très bientôt.

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