Un autre regard sur la gestion privée

Zoom sur les marchés : le monde à la croisée des chemins – perspectives d’investissements pour 2017

separator


Zoom sur les marchés : le monde à la croisée des chemins – perspectives d’investissements pour 2017

/ 0 Comments /

Nous sommes heureux de vous présenter les perspectives mondiales d’investissements pour 2017, proposées par KBL Richelieu – Société de gestion – dont nous partageons les convictions.

Aux États-Unis, le gouvernement Trump devrait accorder la priorité aux réformes fiscales, aux investissements dans les infrastructures et aux dépenses militaires, ce qui devrait doper la croissance à moyen terme. Globalement, la croissance américaine devrait accélérer pour atteindre 2,4% en 2017, soit environ 1,6% de plus qu’en 2016. Les investisseurs doivent s’attendre à une volatilité accrue, qui présente elle-même ses propres opportunités, notamment à court terme. Outre le fait d’avoir identifié des secteurs, sous-secteurs et styles à privilégier au sein des marchés actions, les économies émergentes exportatrices de matières premières nous semblent particulièrement prometteuses.Comme vous le découvrirez dans les pages qui suivent, nous pensons que l’économie mondiale se trouve à la croisée des  chemins.  Suite  à une légère amélioration observée récemment, l’année 2017 marquera le début soit d’un ralentissement, soit d’une légère accélération de la croissance. Compte tenu de la reprise des secteurs de l’industrie et de l’énergie, de la hausse des dépenses de consommation et du recul de l’austérité, nous penchons plutôt pour la deuxième option. En Europe, les premiers indicateurs laissent entrevoir une croissance annuelle d’environ 1,5%, conforme à celle de 2016, mais cela dépendra en  grande  partie  de  l’issue des élections dans trois des cinq plus grandes économies de la zone euro, ainsi que de la suite des conséquences du Brexit.

Compte tenu de la forte volatilité de l’environnement, les investisseurs obligataires doivent anticiper une année 2017 difficile, durant laquelle les «Trumpenomics» se traduiront quasi certainement par une hausse des rendements. Parallèlement, après cinq années de baisse continue et de forte consolidation de la classe d’actifs, les perspectives concernant les prix des matières premières en 2017 sont désormais favorables.

Quant aux devises, les perspectives concernant  l’euro et le dollar américain sont neutres, mais nous pensons que de solides vents contraires souffleront sur la livre sterling en 2017. Durant la même période, les devises dont le cours est lié aux matières premières devraient se redresser.

Bien que nous soyons confiants en ce qui concerne notre stratégie globale d’allocation d’actifs, nous sommes conscients de l’impossibilité  de  prédire l’avenir avec précision, en particulier sur une durée de 12 mois. En effet, trois risques principaux pourraient compromettre nos prévisions pour 2017 :

  • Une montée du populisme en Europe,
  • Un potentiel krach du marché obligataire,
  • Une ou plusieurs attaques cybernétiques.

LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS

Les partisans de la mondialisation affirment que l’essor du commerce international a engendré une augmentation équitable des revenus par habitant à l’échelle mondiale. Ses adversaires, de gauche ou de droite, s’élèvent contre cette notion, en indiquant que la richesse est loin d’être distribuée de manière égale, avec 0,7% des plus fortunés détenant plus de 40% de la richesse mondiale.

Les malmenés de la mondialisation ont clairement conduit au vote britannique en faveur du Brexit, ainsi qu’à l’issue surprenante des élections américaines. Parallèlement, à travers l’Europe, les partis populistes progressent, en particulier dans des pays comme la Suisse, l’Autriche, le Danemark et la Finlande.

S’il est impossible de prédire l’étendue finale de ces mouvements, certains pensent que l’ordre économique actuel, basé sur l’économie de marché libre, doit à présent faire face à la plus grande menace de son existence depuis la Guerre froide.

Le monde se trouve à la croisée des chemins. Ces prochains mois, alors que la plupart des pays d’Europe iront aux urnes, nous aurons une idée plus précise de la route à suivre.

                                                                 

 LA GRANDE DÉSILLUSION

La montée des mouvements populistes menace de bouleverser les flux commerciaux internationaux et de renverser l’ordre économique actuel. Comment les investisseurs peuvent-ils naviguer dans les eaux troubles de cette période d’incertitude prolongée ?

En juillet dernier à Cleveland (Ohio), les délégués républicains de 50 États se sont réunis pour désigner leur candidat improbable. Encore plus improbable était le duo d’Européens figurant au milieu de cette foule agitant des centaines de bannières étoilées : un Néerlandais aux cheveux blonds platine et un Anglais d’apparence discrète, perdus au milieu d’un océan de Stetsons et de casquettes de baseball rouge cerise jurant de RENDRE SA GRANDEUR À L’AMERIQUE.

Avec le recul, la présence du politicien néerlandais d’extrême droite Geert Wilders et de Nigel Farage, le visage du Brexit, à la Convention nationale républicaine aurait dû être prise plus au sérieux. Mais le cours de l’histoire est long ; à l’époque, peu d’observateurs sérieux prévoyaient la montée inquiétante et généralisée du populisme.

Aujourd’hui, l’hostilité à l’égard de la mondialisation ne pourrait être  plus claire et nous aurions probablement dû l’anticiper. Le célèbre professeur de Harvard Dani Rodrik le pressentait déjà en 2011 lorsqu’il déclarait : «Quand la mondialisation se heurte à la politique intérieure, mieux vaut varier sur la politique».

Dans une grande partie du monde, la droite anti-élites a le vent en poupe. La Croatie, la Hongrie, la Pologne et la Slovénie ont déjà élu des gouvernements très marqués à droite. En France, en Allemagne et aux Pays-Bas, les nationalistes anti-establishment gagnent eux aussi du terrain. Même les doux Scandinaves flirtent avec les extrêmes. Sans oublier le Royaume-Uni, en plein Brexit et l’Amérique de Monsieur Trump.

Bien qu’il soit impossible de prédire l’ampleur que ces mouvements risquent de prendre, on notera la phrase de l’économiste français Thomas Piketty : «On trouve au cœur de chaque bouleversement politique important une révolution fiscale». Il est certain que les entreprises et les marchés s’évertuent à donner un sens à ce nouveau paradigme, séparant déjà les perdants potentiels des gagnants.

Malgré la crainte qu’une victoire de M. Trump entraîne un mouvement immédiat de vente massive à Wall Street et ailleurs, les marchés d’actions sont apparus imperturbables durant les deux semaines qui ont suivi l’élection, le S&P 500 et le STOXX 600 ayant même légèrement progressé. Parallèlement, le dollar a atteint mi-novembre son plus haut niveau depuis 13 ans, dopé par la hausse des rendements des obligations d’État américaines. Laissons de côté le très court terme. À quoi faut-il s’attendre dans les 12 prochains mois ?

À titre d’exemple, supposons que les nouveaux nationalistes mécontents continuent leur percée, mais que Marine Le Pen ne s’installe pas à l’Élysée, que le parti anti-immigration Alternative pour l’Allemagne ne soit pas porté au pouvoir et que le Parti de la Liberté de Wilders ne parvienne pas à «reprendre son pays.»

Imaginons également que des barrières commerciales soient effectivement dressées, initialement à l’encontre des pays avec lesquels les États-Unis enregistrent les déficits bilatéraux les plus importants, dont la Chine (ennemi public numéro un de M. Trump) et le Mexique (juste derrière), suivis de pays légèrement moins méprisés comme le Canada, l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud.

Le degré de sévérité de telles mesures revêtira une grande importance ; mais la façon dont l’adversaire réagira est encore plus importante : la Chine a déjà annoncé des mesures de rétorsion à toute mesure américaine, soulignant ce que décrivait l’auteur du Cygne noir Nassim Nicholas Taleb lorsqu’il disait que «la mondialisation génère une fragilité qui se répercute en cascade».

Quoi qu’il arrive, un nouveau ralentissement du commerce mondial semble possible, et viendra s’ajouter aux niveaux de croissance anémiques des volumes d’échanges commerciaux observés ces quatre dernières années à l’échelle mondiale. Durant cette période, les volumes ont progressé d’à peine 3 % par an, soit moins de la moitié du taux d’expansion moyen affiché durant les trois décennies précédentes. En conséquence, la croissance économique reflète de plus en plus l’activité enregistrée au sein plutôt qu’au-delà des frontières nationales.

S’il est clair que l’apathie des échanges transfrontaliers n’étayera pas l’expansion mondiale, nous anticipons néanmoins une légère accélération du PIB mondial en 2017, reflétant l’amélioration générale des fondamentaux et la hausse anticipée des dépenses intérieures.

Sur les marchés développés, l’importance accordée aux inégalités de revenu devrait se traduire par des mesures d’allègement fiscal destinées aux pauvres et aux classes moyennes, suscitant une pression inflationniste et sonnant le glas des politiques monétaires ultra accommodantes.

Au sein des marchés émergents (MÉ), où la montée du populisme occidental laisse la plupart des observateurs perplexes, la reprise actuelle devrait se poursuivre, même si un raffermissement soutenu du dollar US pourrait peser sur la valeur des actifs des  MÉ.

Pour les investisseurs, il s’agit d’un environnement extrêmement complexe qui sera marqué par une volatilité accrue, elle-même présentant ses propres opportunités, notamment à court terme.

En 2017, les exportateurs souffriront vraisemblablement, de même que les énergies renouvelables, les biens de consommation courante et les services de santé.

Les valeurs financières américaines ont déjà enregistré une hausse du cours de bourse importante depuis l’élection de M. Trump. Reste à voir si cette surperformance continuera en 2017.

Plus généralement, les entreprises qui ont de solides assises nationales devraient afficher de meilleures perspectives que celles qui dépendent du commerce international ou des bénéfices étrangers. La hausse des investissements dans les infrastructures devrait soutenir le secteur de la construction, tandis que la défense, les «vieilles» énergies, le secteur minier, le secteur pharmaceutique et l’assurance devraient également profiter de ce contexte. Les matières premières, après des années de marasme, devraient continuer à se redresser.

Dans le type de scénario que nous anticipons, les titres cycliques l’emporteront sur leurs homologues défensifs. Les titres de qualité, qui ont tendance à surperformer durant les phases d’expansion économique, devraient eux aussi l’emporter sur les actions de croissance.

Bien que les perspectives des obligations s’annoncent extrêmement difficiles, les obligations indexées sur l’inflation seront plus attrayantes, notamment en raison des attentes en matière d’inflation aux États-Unis, où la Réserve fédérale devrait procéder à au moins deux hausses de taux en 2017.

Bien entendu, à ce stade particulièrement intéressant de l’histoire du monde, il  est impossible de prédire avec précision ce que nous réserve l’avenir. De fait,  s’il  est une chose qui unit le monde  aujourd’hui, c’est bien la situation d’incertitude quasi permanente dans laquelle nous vivons tous.

 L’HOMME FACE À LA MACHINE

La croissance de l’emploi à l’échelle mondiale dépasse depuis longtemps le rythme d’expansion de la population mondiale. L’essor de la numérisation, et de la robotique « intelligente » en particulier, pourrait brutalement mettre un terme à ce phénomène.

Avec des capitalisations boursières d’environ 350 milliards de dollars chacune, ExxonMobil et Facebook sont des entreprises assez similaires. Toutefois, le géant de l’énergie emploie cinq fois plus de salariés que son homologue du secteur des médias sociaux, l’une des principales raisons pour lesquelles la marge bénéficiaire d’exploitation de Facebook  est quelque 4 fois plus élevée que celle d’ExxonMobil.

Aujourd’hui, alors que les entreprises technologiques occupent quatre des cinq premiers rangs du classement Fortune 500, aucune ne figure dans les listes des plus gros employeurs à l’échelle mondiale. Walmart emploie plus de 2 millions de personnes à  travers le monde, Amazon moins de 270  000. Hilton, avec un portefeuille de 650 000 chambres, emploie 150 000 personnes ; Airbnb, avec 2 millions de bien immobiliers, affiche un effectif mondial de seulement 2 500 personnes.

Au cours des 50 dernières années, la population mondiale a considérablement augmenté. Durant la même période, le  PIB  réel  et  le  revenu par habitant s’étant inscrits sur une forte courbe ascendante, l’emploi a augmenté à un rythme encore plus rapide.

Ce phénomène résultait, du moins en partie, de l’essor des nouvelles technologies. En effet, alors que le débat précédent concernant la fracture numérique mettait en évidence les inégalités entre marchés développés et en développement dans des domaines comme la pénétration d’Internet et des smartphones.

Les nouvelles technologies ont permis la création de très nombreux emplois, notamment dans les pays en développement.

Cela pourrait changer, et ce dans un laps de temps relativement court.

L’impact de l’externalisation et de la délocalisation sur l’emploi à l’échelle mondiale pourrait s’avérer insignifiant par rapport aux perturbations provoquées par les robots de nouvelle génération, alimentés par une intelligence artificielle – un marché de 32 milliards de dollars aujourd’hui et qui devrait dépasser les 80 milliards en 2020.

Le Forum économique mondial a prédit que ces nouvelles technologies pourraient supprimer 5 millions d’emplois dans 15 grandes économies développées et émergentes d’ici à 2020.

Le problème devrait être particulièrement douloureux au sein des marchés en développement qui, jusqu’à présent, constituaient le moteur de création d’emplois à l’échelle mondiale.

«L’utilisation accrue de robots dans les pays développés risque d’éroder l’avantage traditionnel des pays en développement en termes de coût de la main d’œuvre», a récemment averti l’ONU. «Les conséquences négatives pour les pays en développement pourraient être significatives».

On peut citer l’exemple d’Adidas qui a décidé de réinstaller en Allemagne une partie de sa production chinoise car les progrès de la robotique rendaient une telle opération rentable.

Le géant du vêtement de sport, qui pèse environ 17 milliards d’euros, a récemment ouvert sa première usine robotisée de fabrication de chaussures à Ansbach (Allemagne) et prévoit la construction  d’autres usines robotisées dans d’autres marchés afin d’accélérer la livraison aux clients.

Alors que les flux commerciaux mondiaux sont en baisse et que des barrières protectionnistes menacent de se dresser, les marchés développés devraient bénéficier de tendances comme celles-ci, tout au moins à court terme, à mesure qu’augmentera la production nationale.

Toutefois, la relocalisation façon Adidas augmentera la rentabilité sans créer de nombreux emplois manu- facturiers, alimentant encore davantage l’actuelle montée du populisme. C’est là l’une des particularités de notre époque : la technologie amplifie les niveaux d’inégalité actuels en matière de revenus tout en permettant à ceux qui s’opposent à de telles tendances de s’exprimer.

On a pu constater que Donald Trump avait habilement exploité les médias sociaux dans la course à la Maison Blanche. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, les populistes gagnent également du terrain par des moyens similaires. Dans chacun de ces pays, le parti d’extrême droite compte désormais plus de fans Facebook que les partis traditionnels.

À mesure que  le  rythme  de la numérisation s’accélèrera, cette frange de Facebook occupera de plus en plus le devant de la scène, s’exprimant au nom des travailleurs pauvres et des classes moyennes en difficulté menacés par les nouvelles technologies et les robots intelligents.

D’après Deloitte, les salariés britanniques gagnant moins de 30 000 livres sterling par an sont cinq fois plus susceptibles de voir leurs emplois remplacés par des machines que ceux dont le salaire annuel atteint 100 000 livres. Ce phénomène pourrait entraîner la création d’une sous-catégorie entièrement nouvelle de travailleurs peu qualifiés.

Comme l’avait prédit le chercheur américain Warren Bennis : «L’usine du futur n’aura que deux employés, un homme et un chien. L’homme sera là pour nourrir le chien. Le chien sera là pour empêcher l’homme de toucher au matériel.»

Les rôles les plus susceptibles de disparaître sont ceux qui reposent sur des processus répétitifs, les tâches administratives et les services de soutien dans des secteurs comme l’administration, la vente, le transport, la construction, l’activité minière, l’énergie et la production.

Parmi les emplois «les plus sûrs», en revanche, figurent ceux des secteurs de l’informatique, de l’ingénierie et des sciences. Les postes qui exigent une réflexion créatrice ou des capacités relationnelles devraient également mieux résister.

Le secteur de l’informatique dans son ensemble, en particulier aux États-Unis et au Japon, continuera de faire l’objet d’une croissance explosive, sous l’impact de la robotique et de la sécurité sur Internet. Plus généralement, les cycles économiques continueront à devenir plus courts et plus difficiles à prévoir. En conséquence, les investisseurs seront contraints de devenir encore plus sélectifs.

Il ne faut pas oublier que si, de toute évidence, l’être humain est appelé à être de plus en plus remplacé par des robots dans certains domaines, ce phénomène suscitera tout aussi sûrement de nouvelles opportunités, y compris certaines qui n’ont pas encore été imaginées.

Un changement radical dans la composition de la main-d’œuvre mondiale n’est pas un phénomène nouveau.

Au début du 20e siècle par exemple, 40% des Américains travaillaient à la ferme, contre seulement 2% aujourd’hui. D’ici un siècle, il pourra sembler tout aussi inimaginable qu’en 2016, plus de la moitié de la population mondiale travaillait dans le secteur tertiaire, réalisant des tâches subalternes dont n’importe.

 LE MONDE EN 2017

Les raisons de penser que l’expansion de l’économie mondiale se poursuivra en 2017 sont nombreuses. Mais les raisons de craindre que la croissance mondiale s’essoufflera le sont tout autant. Regard sur les principaux risques et les principales  opportunités.

L’économie mondiale se trouve à un tournant. Bien qu’une légère amélioration ait été observée récemment, l’année 2017 marquera le début soit d’un ralentissement, soit d’une légère accélération. Compte tenu de la reprise des secteurs de l’industrie et de l’énergie, de la hausse des dépenses de consommation et du recul de l’austérité, nous penchons plutôt pour la deuxième option.

Les raisons qui étayent cette atonie persistante ne sont pas difficiles à comprendre : une population vieillissante et en régression au sein des marchés développés, à laquelle s’ajoute une faible croissance de la productivité.

Les taux de croissance modestes affichés en Europe et aux États-Unis sont une maigre consolation, comme en témoignent les récentes tendances électorales dans ces régions. De fait, l’état de frustration généralisée vis-à-vis de la situation économique mondiale s’est traduit par l’émergence de nombreux boucs émissaires. Tout d’abord les banques, puis les gouvernements et les entreprises riches en liquidités, et à présent les banques centrales et les décideurs politiques.

Bien que les banques centrales aient établi un cadre pour favoriser le développement économique, l’efficacité de ces politiques monétaires s’est amenuisée après plusieurs années de taux d’intérêt proches de zéro, voire négatifs.

De Washington à Francfort, les banquiers centraux sont pointés du doigt pour avoir mis en œuvre des taux de dépôt négatifs qui pénalisent les épargnants. Pourtant, dans la mesure où les rendements diminuent depuis 30 ans, les autorités monétaires ne devraient pas endosser l’entière responsabilité de l’état actuel des choses, y compris de la nécessité de faire fonctionner la  planche à billets.

Plus généralement, l’anémie de la croissance a provoqué une réaction brutale contre les forces de la mondialisation, y compris les politiques actuelles en matière de commerce et d’immigration. Au sein des marchés développés, l’inégalité des revenus est un sujet brûlant, poussant les électeurs de la région américaine sinistrée des industries lourdes à voter en faveur de Donald Trump et le cœur industriel en déclin du Royaume-Uni à plébisciter le Brexit.

Dans les prochains mois, alors que les électeurs de plusieurs pays européens sont appelés aux urnes, nous verrons à quel point les forces du populisme politique sont réellement devenues puissantes. Dans la mesure où les conséquences négatives potentielles du Brexit et de l’élection de M. Trump sur l’économie ne se feront pas sentir immédiatement, les électeurs pourraient être tentés eux aussi de rejeter la situation actuelle.

Au sein des marchés émergents, tout cela est bien entendu perçu très différemment : les taux de croissance sont plus élevés, la situation démographique est meilleure dans la plupart des pays et les revenus des classes moyennes progressent dans l’ensemble.

Parallèlement, la révolution numérique, qui est à l’origine du phénomène de déplacement dans les marchés développés et qui a fortement contribué à l’essor du monde en développement, continue d’étayer la montée du populisme, notamment à mesure que l’innovation alimente les tendances à l’externalisation à l’échelle mondiale.

Depuis de nombreuses années, l’augmentation des échanges commerciaux à travers le monde se traduit par une hausse des investissements étrangers, une plus grande mobilité de la main-d’œuvre et des niveaux de croissance globalement plus élevés à l’échelle mondiale. Toutefois, les avantages n’ont pas été aussi visibles ces dernières années : les économies nationales étant parvenues à maturité, les taux de croissance ont été moins spectaculaires.

Aujourd’hui, les perspectives qu’offrent les technologies numériques (y compris la robotique) laissent entrevoir de nouvelles destructions d’emplois, voire d’industries. En effet, la numérisation anticipée du secteur tertiaire aura des conséquences très vastes. De même, l’innovation, comme l’impression en 3D, aura des conséquences comparables pour le fret et les industries manufacturières.

La  montée du commerce  électronique et de l’économie du partage a rendu beaucoup plus difficile la fixation d’un prix pour la production économique. À mesure que l’économie mondiale évolue, les outils de mesure du PIB (et de la productivité) doivent suivre le rythme de cette évolution.

Au final, les forces concurrentes de la numérisation et de l’antimondialisation en découdront sur le marché – et dans les couloirs de l’État. À ce moment clé de l’histoire, alors que la dette mondiale s’élève à 225% du PIB, les perspectives économiques mondiales sont fragiles et les risques abondent.

Globalement, nous anticipons néanmoins une croissance modérée et une hausse progressive de l’inflation. On relève déjà certaines opportunités spécifiques qui confortent cette opinion.

Si M. Trump se révèle moins idéologue que pragmatique et ne refonde pas radicalement les accords commerciaux existants, la croissance mondiale profitera de la baisse des impôts et de la hausse des dépenses d’infrastructures, au moins sur le court terme, en particulier si d’autres pays décident de prendre des mesures de croissance analogues.

Les principaux fondamentaux ont eux aussi commencé à s’améliorer. Bien que les niveaux d’endettement soient inquiétants, la moyenne est nettement inférieure à celle de 2008. D’autre part, la dette d’aujourd’hui n’est plus liée à d’autres valeurs mobilières comme c’était le cas à l’époque de Lehman Brothers.

Parallèlement, bien que les investissements aient également diminué ces dernières années, les capacités de production inutilisées ont fondu et les perspectives du secteur de l’énergie se sont embellies, laissant entrevoir une reprise des investissements.

Les prix du pétrole sont désormais nettement supérieurs aux niveaux planchers atteints récemment, les salaires augmentent, l’offre et la demande ont trouvé un meilleur équilibre, la confiance des ménages s’est améliorée et les pouvoirs publics sont davantage enclins à dépenser.

En conséquence, le soutien apporté par la politique monétaire devrait atteindre son apogée en 2018 et la réduction progressive du programme d’assouplissement quantitatif devrait être engagée en Europe en 2017, entraînant une baisse du soutien aux marchés financiers.

La recapitalisation prévue des banques, en particulier, changera la donne. Les études suggèrent qu’une augmentation des fonds propres des banques européennes permettra d’améliorer la situation économique mondiale grâce au regain de confiance et à  la hausse des prêts bancaires qu’elle induit.

Malgré le modeste taux de croissance mondiale anticipé, d’autres scénarios sont envisageables pour 2017 : une hausse encore plus marquée du taux d’expansion grâce à des initiatives de croissance réussies ou, au contraire, le début d’une récession.

Bien que nous n’anticipions pas ce dernier scénario, un ralentissement marqué pourrait être suscité par les événements suivants : surprises politiques menaçant l’avenir de la zone euro, atterrissage brutal de la dette chinoise, changements dans les réserves d’investissements étrangers, très forte variation des prix du pétrole, manque de contrôle des banques centrales et politiques incongrues du gouvernement Trump.

Alors que l’économie mondiale se trouve à un tournant, de tels risques pourraient fortement compromettre les perspectives de croissance actuelles.

POLITIQUE BUDGÉTAIRE ET MONÉTAIRE

Dans le sillage de la crise financière de 2008, la plupart des  banques  centrales  ont engagé des politiques monétaires accommodantes. 2017 pourrait enfin marquer un changement dans cette tendance.

Après la crise financière de 2008, les finances publiques des marchés développés étaient en piteux état.

Confrontés à des déficits budgétaires colossaux et à des ratios dette publique/PIB en augmentation rapide, les États ont été contraints de revenir à des programmes d’austérité pour rassurer les créanciers quant à leur capacité à long terme à rembourser leurs dettes.

Les autorités n’avaient guère d’autres choix que de compter sur des politiques monétaires expansionnistes et peu orthodoxes pour relancer l’économie. Les banques centrales ont abaissé les taux d’intérêt à des niveaux sans précédent, voire négatifs dans le cas de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque du Japon.

Parallèlement, les principales banques centrales ont abreuvé les marchés de liquidités en dépensant des milliards en obligations d’État.

Mais 2017 pourrait marquer une inversion de ces tendances actuelles. Suite à l’élection inattendue de M. Trump, les marchés peinent à interpréter ce que le résultat signifie pour l’économie mondiale.

La première conclusion est que ses propositions de réductions d’impôts et d’investissements à grande échelle dans les infrastructures devraient donner un coup de pouce budgétaire très attendu à l’économie américaine.

D’autre part, le nouveau Président est un farouche opposant au bilan de 4 500 milliards de dollars de la Réserve fédérale et souhaite que la banque centrale le réduise. S’il obtient satisfaction, un changement manifeste dans la politique de relance devrait intervenir, la politique monétaire laissant place à une politique budgétaire.

Toutefois, les projets de M. Trump sont clairement inflationnistes, ce qui laisserait à la Fed peu d’autres choix que de relever ses taux plus tard dans l’année. Nous anticipons au moins deux hausses de taux en 2017.

Contrairement à leur homologue américain, la plupart des gouvernements européens ne disposent pas actuellement de la souplesse nécessaire pour engager les marchés sur la voie de la relance budgétaire.

En fait, les rares pays européens qui disposent d’une telle latitude budgétaire, comme l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche, pèchent par excès de prudence et redoublent d’orthodoxie budgétaire.

En conséquence, la BCE devra continuer à faire le gros du travail. De fait, nous pensons qu’elle maintiendra son programme mensuel d’achats obligataires de 80 milliards d’euros, qui pourrait être prolongé de six mois à l’issue de son échéance de mars 2017, si l’inflation continue de s’inscrire en deçà des objectifs de 2%.

En revanche, compte tenu des critiques grandissantes à l’égard du programme, une réduction progressive pourrait être engagée au second semestre 2017.

Au Royaume-Uni, la politique monétaire sera principalement déterminée par les négociations relatives au Brexit. Bien que son économie ait mieux  résisté que prévu au choc lié à la décision de quitter l’UE, la situation pourrait facilement tourner au drame. Bien qu’une hausse des taux britanniques ne soit pas anticipée, tout dépendra de la tournure des négociations.

Enfin, le Japon pourrait être le seul pays du G7 à baisser ses taux dans la mesure où il continue d’être embourbé dans une situation de faible inflation.

 

EUROPE

La croissance européenne a répondu aux attentes en 2016. Dans les 12 prochains mois, le rythme d’expansion de la zone euro pourrait légèrement ralentir alors que la croissance annuelle britannique pourrait bien  diminuer  de moitié.

L’Europe a de nouveau connu une année solide en 2016, marquée par une croissance d’environ 1,5% dans la zone euro et de près de 2% au Royaume-Uni. Si ce dernier s’est inscrit en léger retrait par rapport aux prévisions, notamment en raison du vote de juin en faveur du Brexit, la zone euro a répondu aux attentes, malgré d’innombrables problèmes, surtout sur le plan politique.

Les premiers indicateurs économiques laissent entrevoir des niveaux de croissance potentiellement similaires en 2017. Toutefois, l’élection de  Donald Trump suscite  de nombreuses incertitudes quant à l’impact qu’aura son programme sur l’Europe – le Vieux Continent faisant l’objet, comme les États-Unis, d’un vent de populisme croissant.

L’avenir de l’Europe dépendra donc en partie de l’issue des élections dans trois des cinq plus grandes économies de la zone euro, ainsi que de la suite des conséquences du Brexit.

Sur le plan économique, la confiance tant des ménages que des entreprises semble relativement solide. La croissance devrait être étayée par une solide demande à l’exportation qui ne se dément pas, surtout de la part de l’Asie, ainsi que par la faiblesse continue de l’euro et la solide demande privée de divers pays.

Cette tendance est soutenue par l’amélioration progressive des conditions du marché de l’emploi, par exemple en Espagne, pays qui affiche la plus forte croissance parmi les grands marchés européens, et par la hausse des salaires en Allemagne, la plus grande économie européenne.

Les taux d’intérêt (et donc les coûts de financement) restent faibles, renforçant la lutte contre l’un des principaux problèmes que rencontre la région : le manque d’investissements privés. Une plus grande confiance dans l’avenir serait la clé pour accroître les dépenses d’investissement, mais l’ampleur des risques qui se profilent en 2017 rend cette hypothèse peu probable. Un soutien accru en faveur du projet de Jean-Claude Juncker visant à faciliter l’augmentation des investissements européens (qui compte mobiliser au moins 315 milliards d’euros sur trois ans) serait également utile.

Parallèlement, si le Brexit n’a pas étouffé la croissance  britannique de façon marquée au second semestre 2016, contrairement aux attentes de nombreux observateurs, les conséquences se feront très probablement sentir en 2017. Avec l’affaiblissement de la livre, une tendance qui sera probablement plus profonde que le déficit courant de 7%, les consommateurs britanniques subiront d’autres impacts négatifs sous la forme d’une hausse des prix.

Malheureusement pour le Royaume-Uni, le maintien du libre-échange et du passe-port bancaire européen (assorti d’une refonte des règles d’immigration de l’UE) n’est pas réaliste : l’UE voudra éviter que d’autres États suivent l’exemple du Royaume-Uni  en cas de sortie trop facile. Par conséquent, nous anticipons une baisse  de  moitié environ de la croissance  du PIB britannique en 2017, juste en deçà de 1%.

Les élections à venir dans les principaux pays de la zone euro présentent elles aussi de nombreux risques potentiels. Comme les récentes élections américaines l’ont montré, peu importe les prévisions, tout peut arriver.

Aux Pays-Bas, les élections législatives qui se tiendront en mars verront probablement une percée du PVV, le parti nationaliste de droite, hostile à l’immigration et à l’UE de Geert Wilders, qui possède actuellement 12 sièges à la Chambre des représentants.

En revanche, les élections présidentielles françaises d’avril/mai ne devraient pas porter au pouvoir la présidente du Front National Marine Le Pen. C’est en effet l’ancien Premier ministre François Fillon, favorable aux entreprises, qui semble actuellement le plus susceptible de remporter la course à la présidence.

Et lors des élections fédérales allemandes de septembre, six partis différents pourraient remporter des sièges pour la première fois au Bundestag, même si une grande coalition toujours dirigée par Angela Merkel semble être le résultat le plus probable. Cela dit, la possibilité qu’une  coalition «rouge-rouge-vert» obtienne la majorité est bien réelle, ce qui pourrait entraîner d’importants changements.

Bien que le risque électoral soit réel dans ces pays, et par conséquent à travers l’Europe, il est peu susceptible de provoquer des changements notables en 2017.

En revanche, les risques menaçant l’Italie, la plus fragile des grandes économies de  la zone euro (sur le plan non seulement politique mais également économique, y compris bancaire), sont considérables. Une fois de plus, le pays sera probablement aux prises avec une croissance annuelle du PIB inférieure à 1%, tout en affichant également le ratio de dette publique le plus élevé parmi les grands pays européens.

Le phénomène de stagnation en Italie, et potentiellement ailleurs, est un problème. De même, des réformes structurelles supplémentaires sont nécessaires en France. Bien que l’économie française ait récemment bénéficié de certaines réformes du marché du travail, d’autres sont nécessaires.

L’un des problèmes sous-jacents est que les réformes entreprises dans certains pays européens, comme la France, ont mis en évidence le problème de gouvernance de l’Europe. Par exemple, il y a trois ans, les autorités françaises s’étaient fixé l’objectif de relever le déficit structurel du pays de -1% à +0,5% d’ici 2017. Au lieu de cela, le déficit a chuté en deçà de -2% en 2015 et ne devrait pas s’améliorer de façon marquée d’ici 2017. Comme d’habitude cependant, cet échec n’a eu aucune conséquence.

Parallèlement en Allemagne, dont l’économie est soutenue par une solide demande des ménages et à l’exportation, certains appellent à prendre davantage de mesures de relance budgétaire. Mais il est peu probable que le ministre des Finances Wolfgang Schäuble réponde au souhait, exprimé par de nombreux pays, que l’Allemagne ouvre ses coffres pour financer d’importants projets d’investissements publics.

Néanmoins, la pression croissante en faveur d’un coup de pouce aux épargnants de la zone euro pourrait donner lieu à certaines concessions, même s’il est peu probable que la relance budgétaire se substituera à la relance monétaire malgré le soutien du Président de la Banque centrale européenne Mario Draghi.

Dans l’ensemble, les politiques expansionnistes de la BCE, notamment les politiques de taux zéro ou négatif et d’assouplissement quantitatif menées actuellement, soutiennent non seulement l’inflation, mais également l’activité de prêt et d’autres tendances économiques. En fonction de l’amélioration  de ces facteurs, un processus de réduction progressive de l’assouplissement quantitatif en 2017 semble réaliste, avec une prolongation probable jusqu’en 2018.

Si la BCE est en mesure de soutenir une reprise cyclique, elle ne peut pas en revanche résoudre les problèmes structurels de l’Europe.

Pour le Fonds monétaire international, la croissance du PIB réel (ajustée en fonction de l’inflation) de la zone euro devrait atteindre 1,5% en 2017. Nous pensons que ce chiffre sera plus proche de 1,3%.

Cela dit, l’environnement économique, politique et social européen reste fragile et regorge de risques qui pourraient entraîner des révisions des prévisions à la  baisse courant 2017.

ETATS-UNIS

L’expansion de l’économie américaine se poursuivra en 2017. Les politiques du gouvernement Trump devraient également s’avérer favorables – à moins, bien sûr, que le nouveau président ne déclenche une guerre commerciale à l’échelle mondiale.

Aux États-Unis, l’embellie des perspectives économiques s’est poursuivie depuis l’été, la croissance des salaires et la reprise des secteurs industriel et énergétique venant soutenir des fondamentaux déjà positifs. Au troisième trimestre, l’économie a progressé de 2,9%, son rythme le plus élevé depuis deux ans, sous l’impulsion de la hausse marquée des exportations et du rebond des investissements dans les stocks.

Engagé début 2009, le cycle haussier actuel dure déjà depuis plus longtemps que la norme historique,  à l’exception des phases de croissance soutenue engagées en 1969 et 2001. Il ne faut pas oublier cependant que le taux de croissance du PIB réel, ajusté pour tenir compte de l’inflation, est resté inférieur à la moyenne depuis la fin de la Grande Récession.

Par conséquent, bien que le cycle actuel soit anormalement long, la reprise a jusqu’à présent été elle aussi exceptionnellement faible, en partie en raison de facteurs structurels comme la démographie et la productivité. Par conséquent, la croissance devrait selon nous se maintenir voire s’accélérer pour atteindre 2,4% en 2017, au lieu de 1,6% en 2016.

En janvier 2017, le président américain le plus ouvertement protectionniste depuis Herbert Hoover  sera investi de ses fonctions. Hoover, qui gouverna de 1929 à 1933, avait approuvé la fameuse loi Smoot-Hawley qui imposait une hausse des tarifs douaniers américains sur quelque 20 000 catégories de produits importés, déclenchant une guerre commerciale mondiale et aggravant les effets de la Grande Dépression.

Bien entendu, M. Trump (qui n’a jamais exercé de mandat politique) n’aura peut-être rien de commun avec Hoover. Ce qui est important, c’est que bien qu’il ait ouvertement critiqué les accords de libre-échange existants (en particulier l’ALENA) et qu’il ait salué le vote du Royaume-Uni en faveur du Brexit (qu’il a qualifié de « grande victoire »), M. Trump est davantage susceptible de vouloir renégocier ces accords que de les abroger totalement. De même, ses discours de campagne concernant la Chine et le Mexique (le mur promis a déjà été rétrogradé à l’état de simple clôture) sont peu susceptibles d’aboutir au démantèlement complet de relations commerciales aussi vitales.

Bien que les Républicains soient majoritaires à la Chambre et au Sénat, M. Trump ne peut agir dans la plupart des domaines sans l’accord du Congrès. Par conséquent, ses positions seront probablement moins radicales que ce que beaucoup craignent. Pour la même raison, M. Trump sera mieux placé que son prédécesseur pour mettre en place des politiques de croissance comme l’augmentation des dépenses d’infrastructures.

Quoi qu’il en soit, les perspectives à court terme du pays s’améliorent déjà. En 2015 et 2016, les investissements ont été freinés par la faiblesse des dépenses d’investissement liées à l’énergie, mais il est peu probable que cela se renouvelle en 2017. Par ailleurs, les tendances concernant les marchés de l’emploi, les prêts bancaires, l’industrie et les services pointent toutes vers une poursuite de l’expansion.

En 2016, les dépenses de consommation ont augmenté et devraient rester vigoureuses. La hausse des taux d’emploi et des salaires, la baisse des niveaux d’endettement, les effets de richesse et le nombre moins élevé de propriétaires en difficulté étayeront le regain de confiance et la hausse des dépenses des ménages.

Pour les entreprises américaines en revanche, la hausse des salaires risque de s’accélérer dans la mesure où les marchés de l’emploi sont déjà en situation de pénurie. Si l’on ajoute la hausse des coûts d’intérêt, les marges bénéficiaires pourraient se retrouver sous pression. La croissance des ventes et la baisse des impôts des entreprises pourraient néanmoins plus que compenser cet impact négatif.

Le gouvernement Trump devrait accorder la priorité aux réformes fiscales, aux investissements dans les infrastructures et aux dépenses militaires, ce qui aurait pour effet de doper la croissance  à moyen terme. Parallèlement, le rapatriement des bénéfices étrangers pourrait entraîner une hausse des réinvestissements intérieurs et des recettes fiscales.

L’imposition de barrières commerciales, la politique d’immigration restrictive et la hausse des déficits budgétaires devraient, en revanche, peser sur la croissance et vraisemblablement sur le sentiment de confiance global. L’idée de «priorité à l’Amérique» défendue par M. Trump sera difficile à mettre en œuvre, les projets de relocalisation comparables ayant perdu du terrain depuis que le dollar s’est raffermi.

Pour lutter contre l’inflation et revenir à une politique monétaire plus normalisée, nous pensons que la Réserve fédérale relèvera au moins deux fois ses taux en 2017. Si le gouvernement Trump ne tient pas compte des déficits budgétaires et de l’endettement ou s’il met en place des barrières commerciales qui engendrent une inflation importée, d’autres hausses pourraient intervenir.

D’un point de vue historique, la hausse moyenne durant les phases de resserrement s’élève à plus de 400 points de base, ce qui est peu probable compte tenu de la faiblesse de la croissance et de l’inflation. En outre, cette comparaison ne tient pas compte de l’impact sur les rendements réels de la politique d’assouplissement quantitatif menée précédemment. Nous pensons que la Fed s’engagera au préalable à déboucler son portefeuille obligataire, en tenant compte de la réaction du marché dans cette décision.

Trump, qui se décrit comme «une personne à faible taux d’intérêt», a déjà déclaré qu’il remplacerait la présidente de la Fed, Janet Yellen, à la fin de son mandat en 2018 car il préfère une politique davantage basée sur des règles. Quels que soient les évènements d’ici là, il est quasiment certain que Yellen ne démissionnera pas car cela nuirait à l’indépendance et à la crédibilité perçues de la Fed.

JAPON

Les efforts menés pour améliorer la compétitivité du Japon ont rencontré un certains succès. Toutefois, la démographie continuera à peser lourdement sur les perspectives à long terme du  pays.

Le défi démographique du Japon demeure, bien entendu, la question essentielle pour l’avenir du pays. Avec une population vieillissante et en régression, le nombre d’actifs continue de diminuer, renforçant les tensions exercées sur l’économie déjà fragile du pays.

En conséquence,  les taux de croissance économique resteront faibles, raison pour laquelle les efforts menés par le premier ministre Shinzo Abe pour limiter le problème démographique sont très importants. Dans la mesure où le taux de participation de la main-d’œuvre est proche de sa limite, le gouvernement cherche activement à attirer davantage de travailleurs étrangers. De fait, le nombre de travailleurs étrangers devrait augmenter de 10% par an jusqu’en 2025.

Bien que des allègements fiscaux soient anticipés afin de stimuler de nouveaux secteurs, le manque surprenant d’outils de haute technologie permettant de mesurer le PIB a rendu ses systèmes inadaptés.

Néanmoins, la croissance du PIB devrait atteindre 1,2% en 2017, soit une hausse d’environ 0,6% par rapport à 2016. Environ la moitié de cette augmentation est imputable aux dépenses publiques : en août 2016, le cabinet de M. Abe a lancé un programme pluriannuel de relance budgétaire de 45 milliards de dollars.

La demande intérieure devrait augmenter car les salaires progressent et les prix des denrées alimentaires se stabilisent. En outre, les taux d’intérêt négatifs ont suscité une reprise des achats de biens de consommation durables et de logements.

La Banque du Japon (BoJ) fait ce qu’elle peut pour stimuler l’économie, mais la tâche n’est pas facile. Le soutien monétaire, par exemple, diminue.

Suite au récent «changement de régime» de la BoJ, qui cible désormais la courbe des taux plutôt que de mettre l’accent sur la base monétaire, nous pensons que la banque centrale réduira son rythme d’achat (80 000 milliards de yens) en 2017. On ne peut pas dire toutefois que ce changement soit en symbiose avec le programme d’assouplissement quantitatif du Japon. Si les rendements sont inférieurs à l’objectif, la BoJ pourrait être contrainte de cesser d’acheter des obligations, voire de les vendre.

CHINE

L’économie chinoise est certes en transition, mais les niveaux de croissance restent solides. Regard sur les principaux points du programme de réforme du pays.

Dans la mesure où il s’agit de la plus vaste économie en rapide expansion au monde, l’évolution économique, politique et sociale de la Chine doit être surveillée très attentivement. Après tout, le cliché suivant n’a jamais été aussi vrai : lorsque la Chine éternue, le reste du monde attrape un rhume.

La Chine traverse aujourd’hui une période de transition, qui dure déjà depuis un certain temps et qui devrait se poursuivre pendant encore longtemps. S’éloigner d’une économie fortement dépendante de l’industrie et axée sur l’exportation n’est pas une mince affaire. La mise en place simultanée d’un système reposant sur les services et axé sur la consommation prendra du temps et ne se fera pas sans secousses.

Les dirigeants chinois tentent d’éliminer certains déséquilibres au sein de l’économie, y compris un endettement trop lourd et une bulle immobilière potentielle. Ce dernier point est devenu de plus en plus pressant en raison du repli du marché boursier chinois et la situation a été aggravée par le fait que les investisseurs chinois se sont rués sur l’immobilier. En conséquence, les activités de prêt et d’acquisition de biens immobiliers ont été freinées.

Parallèlement, l’endettement des entreprises a explosé, forçant Pékin à appliquer des politiques alternant coups de frein et accélérations et à imposer des mesures strictes à certaines sociétés ; fait intéressant, ces mesures ont principalement visé des entreprises publiques.

Bien que les entreprises chinoises soient lourdement endettées, ce n’est pas le cas du  pouvoir central qui peut jouer le rôle de prêteur en dernier ressort, comme il le fait déjà pour les entreprises ayant une importance stratégique.

Bien que la Chine s’attaque à son problème de surcapacité, son économie continue à se développer, affichant une croissance de 6,7% au cours des neuf premiers mois de 2016.

Ayant obtenu le statut de monnaie de réserve internationale, le yuan a été inclus par le Fonds monétaire international dans le panier de devises déterminant les droits de tirage spéciaux. Il s’agit-là d’un signe concret supplémentaire qui témoigne de l’importance croissante que prend la Chine dans les perspectives mondiales.

MARCHES EMERGENTS

Après des années de stagnation et de déclin, les perspectives des marchés émergents ont enfin repris des couleurs. Mais pour combien de temps ?En 2016, les actions des marchés émergents (MÉ) ont surperformé, et pour une bonne raison.

La plupart des économies émergentes connaissent une croissance soutenue, assortie d’une réduction des déséquilibres sur les marchés, comme en témoigne le resserrement des déficits courants.

Bien que tous les marchés émergents n’évoluent pas de la même façon (certains se trouvent dans une situation désastreuse marquée par un effondrement de l’économie), les perspectives globales devraient encore s’améliorer.

Les taux d’inflation moyens reculent. En  conséquence, la plupart des banques centrales envisagent de baisser leurs taux.

De telles baisses relanceraient les investissements, favorisant ainsi les dépenses d’infrastructure dont les pays émergents ont besoin pour améliorer l’offre et, plus généralement, réduire les goulots d’étranglement.

Sur le front du commerce international, certains marchés comme la Corée du Sud et Taïwan, considérés depuis longtemps comme des «marchés sentinelles», ont enregistré une augmentation de leurs volumes d’exportations.

En revanche, la Chine, de loin le plus gros exportateur asiatique, a souffert de l’affaiblissement de la demande mondiale et ses exportations ont chuté durant la quasi totalité de l’année.

La colossale économie chinoise se stabilise néanmoins.

En Amérique latine, la remontée progressive de prix des matières premières a été providentielle. Les réformes en cours dans certains pays comme l’Argentine, le Brésil, la Colombie et le Pérou contribuent à renforcer la confiance des investisseurs.

Bien entendu, le mouvement actuel de reprise part d’un niveau très bas. Actuellement, le Brésil n’affiche toujours aucune croissance, mais au moins il s’en approche. Le cycle de bénéfices des entreprises repart lui aussi à la hausse.

Ailleurs, l’instabilité politique observée en Afrique du Sud continue de faire fuir les investissements. Il en est de même en Turquie, où le régime s’avère de plus en plus autocratique et où l’important déficit courant s’accompagne de réserves de change limitées. En conséquence, l’avenir économique du pays est incertain.

Pour la première fois depuis de nombreuses années en revanche, les perspectives concernant la balance commerciale des marchés émergents sont prometteuses.

On observe notamment que les indices des directeurs d’achats des MÉ (indicateurs de la santé du secteur manufacturier) ont été positifs à la fin du premier semestre 2016, et nettement plus solides que ceux des marchés développés.

Actuellement, les actifs des marchés émergents conservent une bonne position.

Cette tendance pourrait bien se poursuivre, mais les investisseurs doivent rester attentifs au dollar US. Si le billet vert rebondit face à la plupart des devises des MÉ, les actifs émergents pourraient, une fois de plus, retrouver une tendance baissière soutenue.

Dans ce cas, il est probable que les investisseurs étrangers encaisseront rapidement leurs bénéfices avant de rentrer chez eux. Seul le temps nous le dira.

ACTIONS

La numérisation, couplée à une interconnectivité croissante, continue de transformer le monde des entreprises et les perspectives des actions. Regard sur les principaux marchés d’actions internationaux, y compris les marchés émergents asiatiques à forte croissance.

Aujourd’hui, les modèles d’entreprise traditionnels sont sous pression et risquent d’être fortement perturbés. Ils se retrouvent dépassés par de nouveaux modèles plus performants qui, portés par la numérisation, s’avèrent plus agiles et, au final, plus rentables. Prenons l’exemple de Walmart, l’une des plus grandes entreprises à l’échelle mondiale, avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 500 milliards de dollars. Son succès historique repose sur sa promesse de «prix bas au quotidien», une promesse remplie grâce à une gestion impitoyable de sa chaîne d’approvisionnement, qui incite notamment les fabricants américains à délocaliser leur production dans des pays à moindre coût.

Walmart est l’une des réussites de la mondialisation, mais le groupe pourrait devenir l’un des perdants de la numérisation. Par rapport à Amazon, dont les ventes annuelles en ligne représentent 100 milliards de dollars, Walmart joue les seconds rôles avec seulement 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires en ligne.

Pas étonnant que les investisseurs continuent de miser gros sur Amazon, tandis que la plupart adopte une attitude attentiste vis-à-vis de Walmart. C’est notamment le cas de Warren Buffett, qui est en train de  se retirer rapidement du distributeur américain basé dans l’Arkansas.

Parmi leurs caractéristiques distinctives, celle que les leaders actuels du numérique semblent avoir en commun est leur structure peu capitalistique : les stocks d’Amazon ne représentent qu’une fraction de ceux des grandes surfaces concurrentes ; Facebook, contrairement au New York Times, ne recrute pas de correspondants à l’étranger ; Uber bat les sociétés de taxi sur leur propre terrain sans posséder le moindre véhicule, et encore moins un parc automobile ; et Airbnb, qui menace de dominer le secteur hôtelier à l’échelle mondiale, n’a jamais changé un drap de son existence.

Ces «jeunes» entreprises reposent toutes sur des modèles entièrement nouveaux. Ce qui soulève la question suivante : quel impact cela continuera-t-il d’avoir sur les marchés d’actions ?

La montée de la numérisation et les modifications consécutives apportées aux modèles actuels restent imprévisibles, ce qui complique particulièrement les investissements dans les marchés d’actions, notamment aux États-Unis.

La montée du sentiment populiste dans ce pays, incarnée par le nouveau président Donald Trump, a suscité un regain d’incertitude.

Investir dans un indice comme le S&P 500 peut permettre de s’exposer à la partie dynamique de l’économie, mais les modèles d’entreprise traditionnels restent trop présents au sein des marchés d’actions.

L’impact est clair : les titres américain évoluent à des niveaux record, avec des valorisations légèrement élevées et des marges qui commencent de nouveau à augmenter. Parallèlement, les progrès technologiques continus pourraient bénéficier aux entreprises IT américaines, dopées par des modèles d’entreprise perturbateurs.

Aujourd’hui, cependant, la «vieille» économie se compose principalement de modèles d’entreprise traditionnels ; lorsque vous investissez sur l’ensemble  du marché, vous vous exposez principalement à ces modèles. C’est pourquoi, bien que notre  attitude reste positive à l’égard des marchés d’actions, nous préférons mettre l’accent sur certains secteurs, sous- secteurs et styles privilégiés.

Aux États-Unis, compte tenu de la priorité que M. Trump devrait accorder à l’accroissement des dépenses publiques et à la réduction des taux d’imposition des particuliers et des entreprises, nous anticipons une hausse des déficits budgétaires, de l’inflation et des rendements obligataires. Cela aura un impact majeur sur le mouvement de rotation en termes de secteurs et de styles.

Rappelons que M. Trump a déclaré son intention de réduire le taux d’imposition sur les sociétés de 35% à 15%, tout en élargissant simultanément l’assiette des entreprises susceptibles de bénéficier de ce qui constituerait l’un des taux les plus bas au monde, favorisant le mouvement de relocalisation aux États-Unis. Si cette proposition était ratifiée, les estimations en matière de bénéfice par action des entreprises de divers secteurs pourraient être dopées de manière significative.

Plus généralement, les tendances actuelles suggèrent que les entreprises ayant de solides assises nationales ont de meilleures perspectives que celles qui dépendent du commerce international ou des bénéfices étrangers. La hausse des investissements dans les infrastructures devrait soutenir le secteur de la construction, tandis que la défense, l’énergie, le secteur minier, le secteur pharmaceutique et l’assurance devraient également bénéficier de l’élection de M. Trump.

Les valeurs financières américaines ont déjà enregistré une hausse des cours de bourse importante depuis l’élection de M. Trump. Reste à voir si cette surperformance continuera en 2017. Parmi les perdants potentiels figurent les énergies renouvelables, les exportateurs, les biens de consommation courante et les services de santé.

Parallèlement, en  Europe, le juste milieu entre les approches descendante et ascendante nous incite à privilégier les titres axés sur la valeur et les secteurs plus cycliques, comme les matériaux et les valeurs industrielles.

Cette opinion repose sur l’évolution positive des tendances concernant les prix des matières premières, le léger regain d’inflation, les réels effets de base et l’amélioration des indicateurs de consommation. Parallèlement, la courbe des taux devrait se pentifier, apportant certains effets positifs aux titres du secteur bancaire et de celui de l’assurance, bien que les bénéfices d’exploitation restent fragiles. Cette pentification poussera également le mouvement de rotation hors des secteurs défensifs, encombrés et coûteux en faveur des secteurs à plus forte valeur et plus risqués.

Enfin, dans la mesure où la politique monétaire s’avère de plus en plus inefficace pour  soutenir  l’économie, la nécessité d’une politique budgétaire permettant de stimuler l’investissement est manifeste.

Tout cela conforte notre préférence marquée pour les segments plus cycliques axés sur les matières premières au détriment des secteurs défensifs.

Après une nouvelle année difficile pour les actions japonaises (malgré l’appui solide et continu de la banque centrale), la bourse de Tokyo continuera vraisemblablement à rencontrer des difficultés. Dans la mesure où la croissance est modérée et où la confiance des entreprises et des consommateurs est en berne, les motifs de confiance à l’égard des titres japonais semblent limités, bien que les entreprises deviennent plus efficaces et plus commerciales.

Cela étant, en termes de valorisation, le TOPIX est très attrayant si l’on en juge par les multiples et les primes de risque. Avec le soutien continu de la Banque du Japon, la poursuite des investissements des fonds de pension et la hausse potentielle de la consommation des ménages riches en liquidités, la croissance des bénéfices devrait atteindre en 2017 un taux situé entre le milieu et le haut de la fourchette à un chiffre.

Globalement, nous adoptons un positionnement neutre vis-à-vis des actions japonaises.

Malgré des perspectives macroéconomiques de plus en plus prometteuses, notre position à l’égard des actions des marchés émergents (MÉ) est elle aussi neutre, reflétant le caractère très hétérogène de ce marché.

Néanmoins, dans la plupart des régions émergentes, les tendances positives (y compris la plus grande stabilité des monnaies) s’accompagnent de solides indicateurs de confiance et d’une hausse de la demande en biens importés, ce qui laisse entrevoir une croissance à deux  chiffres des bénéfices par action en 2017. En revanche, le raffermissement actuel du dollar US et la hausse des taux américains pourraient continuer à peser sur les actifs des MÉ.

La reprise progressive des prix des matières premières (et notamment l’orientation haussière des prix du  pétrole et du cuivre) devrait rester favorable aux pays exportateurs de matières premières comme le Brésil et la Russie. Mais des risques considérables demeurent dans les deux régions au sens large.

Malgré la nécessité de faire face aux déséquilibres actuels, y compris à un endettement excessif, la Chine continue de sembler capable de gérer son atterrissage en douceur. La menace brandie par M. Trump d’engager une guerre commerciale avec la nation la plus peuplée au monde a introduit un nouveau facteur de risque majeur, mais ce ne sont peut-être que des paroles en l’air.

Parallèlement, la mise en place prochaine d’une taxe sur les biens et les services à l’échelle nationale permettra d’unifier le vaste marché intérieur de l’Inde, l’un des pays les plus en vue parmi les économies émergentes d’Asie.

À l’échelle mondiale, il est peu probable que 2017 soit une année exceptionnelle pour les actions, mais un volume suffisant de liquidités et l’absence d’alternatives manifestes devraient se traduire par des performances légèrement positives. Nous anticipons une progression des marchés d’actions à un  taux se situant dans le milieu de la fourchette à un chiffre.

Toutefois, l’effondrement du marché obligataire, le démantèlement continu de l’UE et d’innombrables turbulences politiques (notamment en Europe ici encore) figurent parmi les risques potentiels.

Compte tenu de ces risques et de la montée de la numérisation, nous anticipons une poursuite du phénomène de perturbation des vieux modèles en 2017 accompagnée, très vraisemblablement, d’une forte volatilité sur le marché.

TITRES OBLIGATAIRES

Compte  tenu  de  la  forte  volatilité  de  l’environnement, les investisseurs obligataires doivent anticiper une année 2017 difficile, durant laquelle les «Trumpenomics» se traduiront quasi certainement par une hausse des  rendements.

Avec des taux d’intérêt officiels à leurs plus bas niveaux historiques et la plupart des grandes banques centrales engagées dans des programmes d’achats d’obligations, les taux du marché ont eux aussi plongé en 2016.

Par exemple, dans le sillage du vote en faveur du Brexit, les rendements des obligations allemandes à 10 ans ont chuté en territoire négatif. Plus spectaculaire encore, les rendements des obligations d’État suisses (sur l’ensemble des échéances jusqu’à 50 ans) ont affiché des taux négatifs.

Désespérés, les investisseurs ont tenté d’échapper aux rendements négatifs en prenant davantage de risque de crédit dans les obligations d’entreprise et à haut rendement, poussant dans la foulée à la baisse le spread de ces actifs.

En Europe, le phénomène de repli des spreads de crédit a été renforcé par le fait que la Banque centrale européenne (BCE) a commencé à acquérir des obligations d’entreprises dans le cadre de son programme d’achats d’obligations.

À partir de juin, la BCE a acquis pour environ 10 milliards d’euros par mois de titres d’entreprises. Les investisseurs ont ainsi perçu les obligations d’entreprises comme constituant un pari gagné d’avance, et se sont rués dessus avec un regain d’enthousiasme.

En conséquence, le rendement supplémentaire des obligations d’entreprises a chuté à des niveaux très bas : Certaines sociétés bien notées ont même été payées pour emprunter, étant en mesure de vendre leurs obligations avec des rendements négatifs. Les marchés émergents ont eux aussi fait l’objet de solides afflux de capitaux, les investisseurs avides de rendement revenant vers des régions qu’ils délaissaient depuis des années.

L’année 2017 pourrait s’avérer beaucoup plus difficile pour les porteurs d’obligations.

Aux États-Unis, les taux devraient grimper davantage sous le gouvernement Trump. De l’autre côté de l’Atlantique, le marché devra faire face à la perspective d’une réduction progressive du programme d’achats d’obligations de la BCE au second semestre. De même, la hausse anticipée des chiffres de l’inflation, qui interviendra à mesure que l’effet de la baisse des prix du pétrole commencera à disparaître de la comparaison en glissement annuel, poussera également les rendements à la hausse. L’année pourrait donc  être  particulièrement délicate pour les marchés.

À mesure que les investisseurs commenceront à identifier des alternatives offrant de meilleurs rendements au sein des obligations d’État moins risquées, ils seront susceptibles d’hésiter à accroître leurs positions déjà considérables en titres de créance plus risqués. Il n’y a donc guère de chances que le segment surperforme.

Les marchés émergents pourraient eux aussi connaître une année volatile, notamment compte tenu de l’impact potentiel  de  la  présidence de M. Trump sur les relations commerciales, comme en témoigne le solide mouvement de vente massive observé en novembre.

Nous restons néanmoins positifs à l’égard de ce segment, dans la mesure où l’amélioration de la gouvernance, la plus grande solidité des économies nationales et l’ampleur des réserves de change protègent en partie les marchés émergents des retombées d’une dégradation potentielle des résultats à l’exportation.

CLASSES D’ACTIFS NON TRADITIONNELLES

Alors  que  les  taux  d’intérêt  ont  atteint des  niveaux plancher sans précédent, les investisseurs devraient envisager les avantages en termes de diversification qu’offrent les stratégies  alternatives.

Dans un monde à faibles taux d’intérêt,  dans  lequel les obligations présentent un attrait limité, la plupart des investisseurs sont naturellement enclins à explorer plus en détail l’univers des actions, une tendance qui pourrait mettre en péril la stratégie de diversification établie  de longue date entre actions et obligations.

Parallèlement, si les rendements font l’objet d’une forte hausse, certains investisseurs seront tentés de revenir vers le marché obligataire. Ce phénomène pourrait déclencher une inquiétante réaction en chaîne.

La hausse des rendements déclencherait un mouvement de vente massive sur  le marché obligataire, tandis que les sorties de capitaux en résultant auraient le même effet sur les actions. Il n’y aurait alors plus aucun avantage en termes de diversification entre ces deux classes d’actifs.

C’est la qu’interviennent les investissements alternatifs. Leur corrélation limitée avec les classes d’actifs traditionnelles les rend très attrayants dans cet environnement instable. Le fait d’investir une partie d’un portefeuille diversifié dans une combinaison de stratégies de rendement absolu permettrait probablement aux investisseurs de naviguer dans des eaux potentiellement troubles.

Nous optons de préférence pour les fonds qui sont en grande partie dissociés des marchés d’actions et d’obligations. Nous privilégions actuellement les stratégies de type equity-market neutral (neutres au marché), merger arbitrage (arbitrage de fusions) et absolute-return bond (stratégies obligataires de  rendement absolu).

Des opportunités se présentent également au sein des fonds de private equity (capital investissement), mid-cap buyout (rachat de moyennes capitalisations) et d’infrastructures.

Les stratégies equity-market neutral suppriment toute directionnalité de marché. Pour chaque dollar investi à long terme sur une valeur, un dollar est investi à court terme sur une autre.

En revanche, les fonds de type merger arbitrage sont axés sur un environnement offrant un financement bon marché et capable de sou tenir des niveaux élevés de fusions/acquisitions.

Les spécialistes en matière d’arbitrage de fusions visent à capter la différence entre le cours de l’action d’une entreprise et le prix offert par son acquéreur en achetant le titre de la société ciblée avec une décote par rapport au prix d’acquisition.

Le bénéfice réside dans le risque que l’opération ne soit pas réalisée à temps, voire pas du tout. En raison de cette incertitude, l’action de l’entreprise ciblée sera vendue avec une décote. Si l’opération est validée en revanche, les deux cours convergeront, engendrant un bénéfice sur le titre acquis avec une décote.

Le risque manifeste est que le cours de l’action s’effondre si l’opération est avortée. Toutefois, ce risque peut être atténué en diversifiant le portefeuille à l’aide d’un grand nombre de transactions, ce qui est facile dans l’environnement actuel favorable aux fusions.

Les stratégies obligataires de rendement absolu visent à profiter des erreurs de valorisation au sein du marché obligataire en appliquant une combinaison d’analyses macroéconomiques, microéconomiques et techniques. Elles investissent généralement à court et long termes dans un large éventail d’obligations, d’État comme d’entreprises, provenant de marchés tant développés qu’émergents. Certains gestionnaires utilisent également des devises pour améliorer les performances ou gérer le risque du portefeuille, avec une sensibilité potentiellement nulle voire négative à l’évolution des taux d’intérêt.

Les stratégies obligataires  de rendement absolu seront en mesure de profiter des erreurs de valorisation amplifiées sur le marché obligataire si les rendements continuent d’augmenter.

Enfin, notre attitude est positive à l’égard du capital investissement en tant que classe d’actifs. En particulier, des opportunités se présentent dans les fonds de type mid-cap buyout, qui continuent d’offrir le meilleur ratio risque/rendement parmi tous les fonds de rachats, ainsi que dans les fonds d’infrastructures, qui devraient bénéficier de la hausse anticipée des investissements dans les infrastructures et des mesures de relance budgétaire aux États-Unis et en Europe.

MATIERES PREMIERES

Alors qu’elles avaient enregistré les pires performances de toutes les classes d’actifs en 2015, les matières premières ont enfin retrouvé une tendance haussière. Quels sont les facteurs de ce renouveau ?

Après cinq années de baisse continue des prix des matières premières et de forte consolidation du secteur, certains signes semblent indiquer que le cycle commence à se retourner. De fait, grâce à un meilleur équilibre entre l’offre et la demande, les perspectives en matière de prix en 2017 sont favorables.

Quels sont les facteurs de ce renouveau ?

Tout d’abord, l’activité manufacturière s’améliore au sein des marchés tant développés qu’émergents, notamment en Asie. Deuxièmement, les banques centrales semblent avoir quasiment épuisé les possibilités offertes par les politiques monétaires accommodantes.

En même temps, côté offre, les producteurs semblent davantage disposés à limiter la production. Les producteurs de l’OPEP, par exemple, comptent pousser les prix du pétrole à la hausse en limitant leur production. Bien que les discussions de fin d’année concernant les quotas soient encore susceptibles de nous réserver quelques surprises, les marchés ont déjà réagi au travers d’une solide hausse des cours.

Dans la mesure où le pétrole contribue également de façon marquée aux coûts de production de certaines matières premières comme les métaux et les produits agricoles, nous anticipons une tendance haussière générale pour l’ensemble de la classe d’actifs. Les prix des métaux industriels seront également poussés à la hausse par les baisses de production issues des réductions antérieures dans les dépenses d’investissement des sociétés minières. Parallèlement, les aciéries chinoises réduisent enfin elles aussi leur production.

Néanmoins, le mouvement de reprise actuel n’est pas sans risques. Un ralentissement marqué du marché de l’immobilier chinois, en particulier, entraînerait une réduction significative de la demande de matériaux de construction et d’autres matières premières.

Toutefois, dans l’ensemble, l’équilibre entre l’offre et la demande devrait s’avérer encore plus favorable pour les producteurs en 2017. En conséquence, les investissements dans les matières premières devraient offrir des avantages en termes de diversification dans le cadre d’un portefeuille équilibré.

DEVISES

Alors que  les  perspectives  du  dollar américain sont neutres, de solides vents contraires souffleront sur la livre sterling en 2017. Parallèlement, les devises dont le cours est lié aux matières premières  devraient rebondir.

En  ce  qui  concerne  les principales de- vises  internationales, nous restons globalement neutres vis-à-vis du dollar US pour les investisseurs en euros. Les fondamentaux positifs des balances courantes libellées en euro ont compensé le resserrement effectué par la Réserve fédérale américaine, entraînant une hausse des rendements américains.

Parallèlement, le yen est lui aussi soutenu par la relative solidité des fondamentaux de  la  balance courante qui fait l’objet d’un intérêt particulier en période de forte aversion pour le risque.

Toutefois, le récent affaiblissement du yen, alors que le dollar se renforçait suite à l’élection surprise de M. Trump, fait de la percée de la devise japonaise un événement moins probable.

Au Royaume-Uni en revanche, l’absence totale de soutien d’un quelconque excédent de la balance courante pèse bien évidemment sur la livre sterling. La livre fait face à de multiples incertitudes résultant de la sortie imminente du Royaume-Uni de l’UE.

En conséquence, l’évolution anticipée de la situation macroéconomique et politique devrait avoir un impact considérable sur la monnaie et, pour l’essentiel, nous restons pessimistes quant à ses perspectives.

Parallèlement, la stabilisation des prix des matières premières a donné un sérieux coup de pouce aux monnaies dont le cours leur est associé. L’année 2017 devrait leur être favorable, avec le soutien de la Chine dont la vigueur ne se dément pas. Hormis celles qui sont affectées par des problèmes intérieurs (comme le rand sud-africain et la livre turque), les monnaies liées aux matières premières et émergentes devraient rester fermes. Toutefois, cela repose sur l’hypothèse selon laquelle le resserrement de la Fed sera très progressif. Au final, ce sont les perspectives de l’économie chinoise qui continuent de constituer le principal facteur de risque pour nos prévisions en matière de devises.

Source: KBL RICHELIEU

separator